Clinique vétérinaire

du Dr Bardet

Triple Ostéotomie Pelvienne bilatérale simultanée : étude rétrospective de 50 cas

Résumé : Notre étude rétrospective sur 50 cas, avec suivi clinique et radiologique moyen de 27 mois, démontre d'excellents et de bons résultats cliniques dans 96 % des cas. En préopératoire, les chiens présentaient en majorité une subluxation grave (40 %), voire très sévère (48 %). A moyen terme, une faible progression de l'arthrose est notée seulement chez 34 % des chiens. Parmi ces derniers, 75 % des patients présentaient déjà une faible arthrose préopératoire. Dans cet article, quatre innovations et leurs avantages sont décrits : la TPO bilatérale en une intervention, une nouvelle plaque (l'ostéotomie pelvienne à angle préformé et surtout latéralisation importante, l'arthroscopie en pré- et parfois en postopératoire, et la suppression de la voie d'abord de la table ischiatique.

Mots clés: Chien - Triple ostéotomie du bassin - Bassin - Chirurgie - Orthopédie.

La triple ostéotomie pelvienne (TPO) est devenue une intervention courante en orthopédie vétérinaire dans le traitement de la dysplasie coxo-fémorale [1-10]. L'ostéotomie pelvienne dans le traitement de la dysplasie coxo-fémorale chez les jeunes chiens n'a cessé d'évoluer depuis les travaux de Hohn et Janes en 1969 [11] (double ostéotomie pelvienne), ceux de Schrader en 1981 [12,13] (triple ostéotomie pelvienne proche de l'articulation) et de Slocum et Devine en 1985 [14] (triple ostéotomie pelvienne éloignée de l'articulation : technique standard actuelle). Comme souvent, ce concept fut d'abord développé et amélioré en médecine humaine [15-18].

Le but de toutes ces techniques est de basculer le cotyle ventro-latéralement afin de rétablir une congruence articulaire normale. En relâchant la capsule articulaire et les muscles adducteurs, la douleur est atténuée et l'évolution arthrosique ultérieure minimisée.

Plusieurs modifications techniques ont permis d'améliorer cette intervention chirurgicale. Il fut démontré que pour réduire le taux de complications postopératoires telles que la strangurie et la constipation, associées à une filière pelvienne rendue trop étroite, une bascule ventrale trop importante et une ostectomie pubienne trop médiale (moignon pubien conséquent) étaient à éviter [19, 20]. Par ailleurs, une bascule ventrale trop importante en plus d'être néfaste est inutile car la congruence articulaire continue de s'améliorer même après l'intervention et cela de façon significative jusqu'à dix semaines en postopératoire (self-remodelling) [19]. Une étude biomécanique a par ailleurs démontré qu'une rotation ventrale de 20-25° apparaissait optimale [20]. En effet, une ventroversion supérieure n'augmente guère le contact articulaire, mais en plus de réduire fortement la filière pelvienne, diminue la mobilité (spécialement l'abduction) et augmente les probabilités futures de luxations médio-ventrales [20]. De récents articles ont confirmé les avantages de la plaque 3,5 mm 6 trous CPOP à angle préformé et latéralisation (Canine Pelvic Osteotomy Plate, Slocum®) par rapport à la PCD (plaque à compression dynamique AO/ASIF de 2,7 mm ou 3,5 mm à 5 ou 6 trous) tordue, en offrant une couverture acétabulaire dorsale supérieure et en maintenant la filière pelvienne plus ouverte [21-23].

Un autre avantage de toutes les plaques préformées disponibles sur le marché (plaque CPOP de Slocum®, plaque à TPO — Porte®, plaque à TPO — Numédic®...) par rapport à toute plaque que l'on tord manuellement lors de l'intervention est qu'elles possèdent des propriétés mécaniques supérieures évidentes.

Quant à Graehler, il a démontré que l'angle de coupe de l'ilium est déterminant : il est optimal avec une ostéotomie iliaque à + 20° par rapport à la perpendiculaire de l'axe iliaque [23]. En effet, avec un angle de + 20°, on limite les écartements des tubérosités ischiatiques et donc la douleur postopératoire. De plus, on garde une meilleure mobilité articulaire et d'un point de vue pratique, on facilite la bascule du massif acétabulaire lors de l'intervention. Cependant, par rapport à une coupe à la perpendiculaire encore préconisée par certains, on diminue malheureusement le diamètre de la filière pelvienne. Cet inconvénient est toutefois contrecarré par l'emploi d'une plaque avec latéralisation importante (plaque CPOP de Slocum®, plaque TPO Porte®).

Cependant, ni le choix entre des vis corticales ou spongieuses, ni le nombre et la profondeur des vis ancrées dans le sacrum semblent diminuer l'incidence de descellement des vis [24,25]. Le descellement d'une ou deux vis, complication la plus fréquente associée à cette technique chirurgicale (5 à 36 %), peut être traité de façon conservatrice par la restriction d'activité. Une autre complication fréquente étonnamment moins décrite dans la littérature est un problème de cicatrisation, voire de production abondante de sérosités, spécialement au niveau de la plaie de la voie d'abord de la table ischiatique. Pourtant, l'incidence des complications à long terme est faible ; des études avec long suivi ont démontré d'excellents à bons résultats dans 87 à 98 % des cas [14,26]. De ce fait, la TPO est devenue une intervention courante en orthopédie vétérinaire.

Le but de cet article est de présenter la TPO bilatérale réalisée le même jour, mais aussi une nouvelle plaque 3,5 mm à 7 trous à angle préformé de 25° et latéralisation importante (Porte®)*, les avantages de l'élimination de la voie d'abord de l'ischium et les bienfaits de l'arthroscopie en préopératoire ainsi qu'en post-opératoire lors des rares boiteries persistantes.

1. MATÉRIEL ET MÉTHODES

Cinquante chiens opérés d'une TPO bilatérale le même jour sont étudiés (100 TPO unilatérales). Parmi celles-ci, l'ilium est stabilisé clans 66 % des cas par une plaque CPOP de Slocum® et dans 32 % des cas par une plaque Porte@ (photo n° 1). Une intervention chez un chien de petite race a nécessité l'emploi de deux PCD tordues (plaque de 2,7 mm à 4 trous).

Photo n° 1: Plaque Porte®. Noter les 7 ancrages (3 crâniaux dont un en compression dynamique et 4 caudaux), l'angle préformé de 25° et la latéralisation.

Les chiens dont deux tiers sont des mâles (35 chiens) avaient entre 5 et 10 mois lors de l'intervention (moyenne de 7 mois). Douze races sont représentées mais une prédominance de Labrador (15), de Rottweiler (11) et de Golden Retriever (6) est constatée. Des examens cliniques, orthopédiques et des radiographies ventro-dorsales classiques ont été effectués à chaque fois en préopératoire, à 2 semaines et 2 mois en postopératoire. Cependant, les cinquante patients de l'article ont été suivis en postopératoire cliniquement et radiographiquement à plus long terme, avec une moyenne de 27 mois de suivi (de 6 mois à 8 ans).

Après prémédication à l'acépromazine, l'anesthésie est induite par voie veineuse de thiopental et maintenue par relais halo-thalle et oxygène. Le chien est placé en décubitus dorsal et l'angle de réduction (signe d'Ortolani) [27,28] et l'angle de luxation (signe de Barlow) [29] sont mesurés pour chaque hanche. Les degrés maximaux de flexion, d'extension et d'abduction sont notés.

Radiographiquement, la subluxation est quantifiée au moyen de l'angle de Norberg Olsson (= l'angle de Wiberg + 90°) et de l'estimation du pourcentage de la couverture acétabulaire de la tête fémorale au moyen de la vue ventro-dorsale classique (tableau n° I et figure n° 1). Comme il s'agit de patients avec subluxation sévère voire très sévère, des techniques radiologiques plus complexes mais plus sensibles pour la détection de la dysplasie coxo-fémorale telles que celles de compression-distraction (PennHIP®) ou de la vue "DAR" (Dorsal Acetabular Rim de Slocum®) ne sont pas utiles. Les contre-indications doivent être recherchées (coxa valga et hyper-antéversion, lésions arthrosiques radiologiquement visibles, cotyle peu profond, amyotrophie importante).

Tableau 1 : Classification des sublaxations de la hanche.
Figure n° 1 : Résultats de subi ovation en préopératoire.

La technique opératoire est celle décrite par Slocurn [14], en ce qui concerne l'ostectomie pubienne et la bascule acétabulaire après ostéotomie iliaque à angle d'environ + 20° [23]. La technique d'ostéotomie ischiatique est modifiée depuis trois ans avec suppression de la troisième voie d'abord : la voie d'abord usuelle de l'ischium est supprimée. La voie d'abord ischiatique utilise la voie d'abord pubienne. Après l'ostectomie pubienne de 1 centimètre de large, l'index est introduit caudalement en direction de la partie crâniale de la table ischiatique et médialement par rapport aux muscles adducteurs.

Un élévateur à périoste est ensuite introduit par la même trajectoire ; il permet de décoller la musculature de la partie ventrale de la table ischiatique. Ensuite, l'élévateur est remplacé par l'ostéotome droit.

L'ostéotomie débute en partie crâniale de la table ischiatique en direction caudale. La plaque Porte® à angle préformé de 25° et latéralisation a remplacé la plaque CPOP ces deux dernières années (7 vis au lieu de 6).

Après l'intervention et le contrôle radiographique, les animaux sont maintenus sous antibiotiques, anti-inflammatoires non-stéroïdiens de la nouvelle génération et morphiniques (seulement durant les premières vingt-quatre heures). Ils sont rendus à leurs propriétaires dans les 48 heures avec les recommandations d'usage (contrôle des plaies, mise au calme et marche en laisse pendant 6 semaines). Les contrôles postopératoires cliniques et radiographiques sont réalisés à deux semaines et deux mois et à plus long terme pour notre étude. Les résultats sont appréciés sur le plan clinique et radiologique d'après les critères évoqués dans les tableaux n° II et III. Le développement éventuel de l'arthrose est répertorié. Toutes les complications observées et leurs évolutions sont notées.

Tableau n° II: Résultats cliniques d'après les critères suivants.
Tableau n° III : Classification des signes d'arthrose, vue velum-dorsale classique.

2. RÉSULTATS

2.1. RÉSULTATS CLINIQUES (figure n°2)

Les résultats cliniques des 50 chiens avec un suivi moyen de 27 mois montrent que 96 % des patients présentent d'excellents et de bons résultats. 92 % des chiens sont normaux, sans douleur ni boiterie au suivi le plus long. Des promenades sans laisse de plus d'une heure ne leur posent aucun problème. Lors de la consultation, ils présentent tous une musculature de l'arrière-train bien développée. La manipulation en extension et abduction maximales ne provoque aucune douleur et leur démarche est normale (excellents résultats). Quatre pour cent des patients (2 chiens) présentent parfois une boiterie temporaire après effort prolongé (plus d'une heure de promenade). Cependant. lors de la consultation, leur démarche est normale et aucune douleur ne peut être provoquée (bons résultats). Quatre pour cent des patients (2 chiens) boitaient de façon intermittente après effort modéré (moins d'une demi-heure de promenade : résultat médiocre), Des anti-inflammatoires sont parfois nécessaires pour l'un et depuis la réalisation d'une prothèse totale de hanche, le second est indemne de boiterie.

Figure n°2 : Résultats cliniques.

2.2. RÉSULTATS RADIOGRAPHIQUES (figure n°3 et photos n°2 à 8)

Le suivi radiographique à moyen terme permet d'étudier la progression éventuelle de [arthrose. La mesure de la subluxation en préopératoire au moyen de l'angle de Norberg Olsson et du pourcentage de la couverture acétabulaire (tableau n° I) montrait une subluxation modérée chez 6 patients (12 %), sévère chez 20 chiens (40 %) et très sévère chez 24 chiens (48 %).

En préopératoire, parmi les 50 chiens suivis, 31 ne présentaient aucun signe d'arthrose radiologiquement visible (62 %) et 19 présentaient déjà une très faible arthrose (38 %).

Avec la radiographie du suivi le plus long, nous avons observé et quantifié les signes éventuels d'arthrose (tableau n° III). L'arthrose a progressé dans 34 % des cas (34 hanches). Nous avons constaté une progression d'arthrose d'un stade chez 15 chiens et de deux stades chez 2 chiens. Les 15 premiers chiens sont cliniquement normaux. En effet, bon nombre de chiens à faible arthrose radiologique sont exempts de toute douleur. Les deux chiens à arthrose importante sont ceux dont le résultat fonctionnel est médiocre. Parmi les 17 chiens avec progression d'arthrose d'un ou deux stades, 75 % d'entre eux présentaient déjà une faible arthrose en préopératoire.

Figure n° 3 : Résultats radiologiques au suivi le plus long (moyenne 27 mois).
Photo n° 2 : Radiographie ventro-dorsale classique d'un Rottweiler de 8 mois. Observer la forte dysplasie coxo-fémorale bilatérale L'angle de Norberg Ollson est d'environ 75° et le pourcentage de la couverture acétabulaire de 10 %. Aucun signe radiologique d'arthrose ne peut être décelé. Une triple ostéotomie bilatérale est indiquée.
Photo n°3 : Radiographie postopératoire immédiate de ce même Rottweiler.
Photo n° 4 : Radiographie de suivi à trois ans du même chien. Noter la faible sclérose sous-chondrale, l'aspect normal des têtes fémorales et des rebords acétabulaires dorsaux. Aucun ostéophyte n'est observé. Le résultat clinique est excellent et la progression de l'arthrose minimale.
Photo n° 5 : Radiographie ventro-dorsale classique d'un Labrador de 9 mois. Noter la forte dysplasie coxo-fémorale bilatérale. La boiterie et les douleurs sont cliniquement plus importantes à gauche.
Photo n° 6 : Radiographie postopératoire immédiate d'une TPO unilatérale de ce même Labrador. La TPO bilatérale avait été conseillée mais refusée par les propriétaires.
Photo n° 7: Radiographie de suivi à deux ans du Labrador de la photo n°5. Le chien ne présente aucune boiterie, ni douleur sur sa hanche gauche, mais souffre de sa hanche droite. Observer l'ostéophyte sur le rebord acétabulaire dorsal anormal (arrondi) et la sclérose sous-chondrale importante. Comparer avec l'articulation coxo-fémorale gauche.
Photo n° 8: Radiographie postopératoire immédiate de ce même Labrador. Application d'une prothèse totale de la hanche.

2.3. COMPLICATIONS

Des complications, pour la plupart mineures, ont été observées dans 14 % des cas (14 TPO sur 100 unilatérales) (tableau n° IV). Les 2 chiens à difficultés urinaires et/ou de défécation font partie des premiers chiens opérés bilatéralement à la clinique. Une pubectomie trop médiale (urètre comprimé) et des vis trop longues ancrées bilatéralement dans le sacrum (lésions des nerfs sacrés) sont apparues comme des causes probables. Ces symptômes ont progressivement disparu chez un chien. Chez le second, une pubectomie plus latérale a dû être effectuée. Ce problème n'est plus survenu depuis que l'ostectomie se fait le plus latéralement possible et que des vis de 26 à 28 mm maximum sont utilisées au niveau du sacrum. Les problèmes de sérosités, de mauvaise cicatrisation ou de granulome de léchage ont tous été observés au niveau de la voie d'abord de l'ischium. Cette voie étant désormais supprimée, cette complication a disparu. Le descellement de vis est la complication la plus commune lors de TPO. Notre incidence est de 5 %, soit nettement inférieure à l'incidence usuellement observée (9 à 36 %). Lors de descellement de vis observé au premier contrôle radiographique, une approche conservatrice est souvent suffisante (repos intensif). Sur les sept vis qui se sont descellées, 6 sont caudales à la coupe et tous ces descellements sont survenus avec l'utilisation de la plaque CPOP. Le seul lâchage total d'implant a été observé sur un chien excessivement agité et avec l'utilisation d'une plaque CPOP ; une seconde intervention a été nécessaire. Depuis l'utilisation systématique de la plaque Porte®, aucun descellement de vis n'a été répertorié. Les trois boiteries persistantes ont toutes pu être traitées avec succès. Le premier cas était dû à une cava valga avec une antéversion trop importante. Une ostéotomie inter-trochantérienne de varisation et de dérotation associée à la TPO a été de suite bénéfique. L'arthroscopie nous a permis de traiter les deux cas restants. Une synovite auto-immune après biopsie et une OCD non visible à la radiologie ont été détectées et traitées. Cinq chiens sont revenus pour boiterie à la clinique (deux en rapport direct avec l'intervention ou la dysplasie). Deux d'entre eux présentaient une dysplasie sévère unilatérale (stade III) : une prothèse totale de hanche (prothèse Porte®) a été bénéfique pour l'un et une cure d'anti-inflammatoires pour l'autre (les deux chiens à résultat médiocre).

L'arthroscopie ou la ponction articulaire ont permis de diagnostiquer et de traiter les trois autres boiteries sans rapport direct avec la dysplasie ou l'intervention. Un labrum dorsal partiellement déchiré a été diagnostiqué sous arthroscopie pour le premier chien. La résection associée à des extraits d'aminoglycanes, d'anti-inflammatoires et du repos ont donné une rémission totale en deux mois. Une arthrite septique unilatérale 3 ans et demi après l'intervention et une polyarthrite auto-immune ont été constatées et traitées chez les deux derniers chiens.

Tableau n° IV : Les complications

3. DISCUSSION

Le concept d'ostéotomie pelvienne a été décrit pour la première fois voici plus de 30 ans. Cette intervention est désormais couramment utilisée en orthopédie vétérinaire des animaux de compagnie. Une fois la technique maîtrisée, les résultats fonctionnels sont bons à excellents dans 96 % des cas. Nous attribuons à nos résultats quatre améliorations techniques :

La TPO bilatérale en une seule intervention présente deux avantages importants : tout d'abord, une seule chirurgie est nécessaire, ce qui évite à l'animal deux immobilisations de 6 à 8 semaines. Le coût, facteur important dans la prise de décision du propriétaire, peut être réduit (une seule anesthésie, une seule hospitalisation). L'analgésie, péri et postopératoire immédiate. est cependant indispensable (morphiniques le premier jour et anti-inflammatoires non stéroïdiens à quotient COX 2/COX 1 favorable) [30]. Une technique chirurgicale, limitant au maximum la douleur, doit aussi être appliquée (uniquement deux voies d'abord et réduites au maximum dans leurs dimensions, ostéotomie iliaque à 20°,...).

Le deuxième avantage doit être perçu à très long terme. Notre étude révèle que parmi les chiens ayant une progression arthrosique notable, 75 % présentaient déjà de très légers signes préopératoires. La TPO bilatérale en deux interventions provoque inévitablement un appui et une utilisation plus importante pendant trois à quatre semaines sur le membre opéré en deuxième intention. Notre expérience des TPO bilatérales en deux interventions nous a permis de constater parfois une évolution arthrosique accélérée malgré l'intervention sur la deuxième hanche. Ainsi, la TPO bilatérale en une seule intervention représente une amélioration et une prophylaxie de l'arthrose. En effet, lors de TPO bilatérales en deux interventions, il arrivait que la deuxième hanche ne puisse plus être traitée par une TPO mais par une prothèse totale, ce qui arriva à plusieurs reprises dans notre clinique.

La nouvelle plaque Porte® permet un septième ancrage. Sur les 32 plaques Porte® utilisées dans notre étude, aucun descelle-ment de vis n'est répertorié contrairement avec l'utilisation de la plaque CPOP. Auparavant, lors de descellement, on devait imposer à l'animal un repos strict supplémentaire mal perçu par les propriétaires. Un jeune chien de 8 mois de race Labrador ou Rottweiler est en effet difficile à maîtriser de façon prolongée. La plaque Porte® garde cependant la même géométrie que la plaque de Slocum® avec non seulement son angle préformé mais surtout sa latéralisation importante. Cette latéralisation permet non seulement un meilleur recouvrement articulaire mais aussi d'effectuer une ostéotomie iliaque angulée.

L'élimination de la voie d'abord de la table ischiatique est avantageuse pour plusieurs raisons. La plaie la plus sujette à complications (sérosités, problème de cicatrisation) est éliminée. Les douleurs sont atténuées non seulement parce que seulement deux incisions sont désormais nécessaires, mais aussi parce que cette voie était apparemment douloureuse. Ainsi, les TPO bilatérales en une seule intervention sont étonnamment bien tolérées par les patients depuis l'emploi systématique d'AINS et de morphine et aussi depuis l'élimination de la troisième voie d'abord et l'angulation de l'ostéotomie iliaque. L'animal peut se maintenir debout et se déplacer dans les 24 heures. Cependant, plus le poids de l'animal est important, plus le délai de récupération immédiat apparaît retardé. Le dernier avantage indéniable de cette nouvelle technique est que le temps opératoire est réduit d'autant.

Les techniques radiographiques standards ont depuis longtemps montré leurs limites [31-34]. C'est pourquoi l'usage du scanner tridimensionnel et de l'arthroscopie est devenu monnaie courante en médecine humaine car supérieure à toutes techniques radiologiques [35]. L'arthroscopie de la hanche en est à ses débuts tant en médecine humaine qu'en médecine vétérinaire. La technique est identique à celle des autres articulations (épaule, coude, grasset, tarse), mais nécessite de l'expérience l36]. La dysplasie coxo-fémorale ne se limite pas uniquement à une laxité du ligament rond, de la capsule articulaire et à une simple anomalie de rotation de l'acétabulum. Des torsions, une hypoplasie du cotyle, des rebords acétabulaires anormaux sont parfois identifiés. Actuellement, l'arthroscopie nous permet non seulement de traiter avec succès certaines complications postopératoires, mais devient déterminante pour une sensibilité accrue en préopératoire. Une visualisation parfaite de l'articulation est possible. Des lésions éventuelles sont traitées (lésion chondrale, OCD, labrum partiellement déchiré), mais surtout des contre-indications à la TPO, non visualisées à la radiographie sont éventuellement détectées (chondromalacie sévère, éburnation chondrale, rupture du ligament rond quasi-totale) [36].

Nos résultats cliniques avec 96 % d'excellents et bons résultats se situent dans la norme répertoriée. Ces résultats expliquent pourquoi, la triple ostéotomie pelvienne est effectuée de plus en plus régulièrement en orthopédie vétérinaire. Nos résultats radiologiques démontrent que la progression de l'arthrose à long terme n'est pas toujours évitée mais toujours minimisée. Une faible progression de [arthrose est observée dans 34 % des cas. Cette incidence est proche de celle rapportée par Rasmussen (40 %) [37]. Parmi les chiens à faible progression d'arthrose, 75 % d'entre eux étaient déjà faiblement arthrosiques en préopératoire. Cette statistique nous rappelle une fois encore que la TPO est surtout efficace chez de très jeunes chiens (moins de 8 mois) radiologiquement indemnes d'arthrose.

Notre taux de complications de 14 % paraît à première vue élevé (bien qu'inférieur à la littérature actuelle) (24 à 36 %). Cependant. la plupart de celles-ci sont mineures et désormais maîtrisées. Actuellement, la nouvelle plaque Porte® nous permet d'éviter les descellements. La troisième voie d'abord sujette à complication et à forte douleur est supprimée. La TPO simultanée permet de minimiser la future dégénérescence arthrosique sur la deuxième articulation et l'arthroscopie en préopératoire permet d'évaluer d'éventuelles contre-indications à la TPO non détectables à la radiographie et de traiter certaines boiteries persistantes en postopératoire.

Il est maintenant établi de façon consensuelle que la TPO est une intervention chirurgicale bénéfique chez les chiens dysplasiques jeunes et invalides, sans arthrose ou avec arthrose minimale. Notre but est de conserver des hanches aussi normales que possible sans signe de boiterie et douleur à long terme (10 à 15 ans), afin d'éviter une deuxième chirurgie telle qu'une excision ou une prothèse totale de la hanche. Cette étude, comme toutes les études rétrospectives sur la même intervention, confirme la nécessité d'intervenir précocement.

L'utilisation de l'arthroscopie permet désormais d'améliorer le diagnostic préopératoire de la dysplasie car les lésions chou-draies, ligamentaires et du labrum peuvent exister sans signe radiologique [36]. Certaines lésions, certes peu fréquentes, peuvent aussi être traitées sous arthroscopie (souris articulaire, désinsertion du labrum, etc.). Certaines lésions du cartilage avec exposition de l'os sous-chondral, indétectables à la radiologie mais évidentes par l'utilisation de l'arthroscopie. apparaissent désormais comme une contre-indication à la TPO. Dans ces cas, il est préférable de pratiquer d'emblée une prothèse totale de la hanche car l'évolution arthrosique est inévitable. En effet, une boiterie invalidante est prévisible quelques années après l'intervention.

CONCLUSION

La TPO bilatérale en une seule intervention, technique innovante, n'apporte aucune nouvelle complication. Des avantages indéniables sont mis en évidence dans cette étude. La technique évoluant et les nouveautés formulées dans cet article ont fortement minimisé les complications et amélioré les résultats fonctionnels à long terme.

ABSTRACT

Huber D, Bardet J-F, Triple simultaneous bilateral osteotomv. A retrospective studv of 50 cases. (Triples ostéotomies pelviennes bilatérales simultanées : étude retrospective de 50 cas).

Pria Méd Chir Anim Comp (2001) 36 : 151-158.

Our retrospective studv of 50 cases, with an average clinical and radiographic follow-up of 27 months, shows good w excellent clinical results in 96% of cases. Prim to the operation, most dogs exhibited severe (40%) to very severe (48%) subluxation. Slow progression of arthrosis was noted in only 34% of the dogs in the medium term, and among these, 75% of the patients had already exhibited slight arthrosis before the operation. In this article, a description is provided of four innovations and their subsequent benefits: bilateral triple pelvic osteotomy performed in one operation, a new pelvic osteotomy plate al a pre-set angle and especially substcuitial lateralisation, arthroscopy before and sometimes after the operation and the suppression 4 the surgical approach ta the ischium.

KEY WORDS: Dog - Triple osteotomy of the pelvis - Pelvis Surgery - Orthopaedics.

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