Clinique vétérinaire

du Dr Bardet

Déchirure du ligament croisé chez le chien

Le grasset ou articulation du genou est constitué des os de la cuisse (le fémur) et de la jambe (le tibia) reliés entre eux par de nombreux ligaments. Deux de ces stabilisateurs sont internes à l’articulation, ce sont les ligaments croisés antérieur et postérieur.

Ces ligaments permettent une amplitude de mouvements normale et préviennent les glissements en avant ou en arrière du tibia (respectivement les poussées crâniale et caudale du tibia). La déchirure du ligament croisé antérieur est l’une des causes les plus courantes de boiterie du membre postérieur chez le chien, de douleur et de maladie dégénérative articulaire (arthrose) du grasset chez le chien. L’atteinte apparaît après une torsion et une accélération ou encore après une hyperextension. De la déchirure du ligament croisé antérieur résulte une instabilité et un glissement anormal en avant du tibia à chaque pas (poussée crâniale du tibia).

Si l’instabilité n’est pas traitée durant les premières semaines, une arthrose se développe alors rapidement. Lorsque la déchirure devient chronique, des dommages des autres structures du grasset sont systématiques. Un écrasement ou une déchirure du ménisque médial (l’un des deux fibrocartilages servant de tampon amortisseur de choc) apparaît souvent chez ces patients. Quand cette détérioration est présente, le ménisque doit être réséqué (enlevé). Certaines races de chiens ont une configuration corporelle et une anomalie excessive de la pente du plateau tibial qui les prédispose à une rupture du ligament croisé crânial, même au court d’une activité normale. Une fois le ligament croisé partiellement déchiré, les contraintes quotidiennes que subit le grasset peuvent éventuellement aboutir à une déchirure totale du ligament. L’obésité peut également être un facteur de risque d’arthrose, de contrainte excessive sur le grasset et, finalement, de rupture du ligament croisé antérieur.

Noter l’inclinaison excessive (32°) du plateau tibial engendrant le glissement du fémur vers l’arrière (et du tibia vers l’avant).

Traitement

Bien qu’il existe différentes procédures chirurgicales dépendant notamment de la taille du patient, de sa conformation, de son âge, de son tempérament et de son niveau d’activité, la base du traitement est d’enlever le ligament endommagé et de stabiliser l’articulation. L’inspection et l’ablation des structures endommagées peuvent être réalisé par une incision ouverte (arthrotomie) ou par une technique moins invasive : l’arthroscopie qui évite la progression de l’arthrose puisque l’articulation n’est pas ouverte chirurgicalement. La stabilisation du grasset est généralement réalisée soit par des sutures extra-capsulaires soit par une ostéotomie du tibia proximal permettant de contrebalancer la poussée crâniale du tibia et la fibrose du tissu péri articulaire. Cette technique est appelée stabilisation extracapsulaire, elle est préférée pour les petits chiens.

L’ostéotomie de nivellement tibial offre une nouvelle approche mécanique du grasset et du traitement de cette affection. Qu’elles soient intra-articulaires ou extra-articulaires, qu’elles aient recours à des prothèses biologiques ou mécaniques, les techniques chirurgicales traditionnelles qui visent à stabiliser l’articulation du grasset éliminent le mouvement de tiroir caractéristique de la rupture du ligament croisé crânial. Cette approche thérapeutique repose sur le fait que ce ligament est le principal agent de la stabilité du grasset.

En 1985, Slocum développe une nouvelle approche de la mécanique du grasset et de la pathogénie de la rupture du ligament croisé antérieur : le plateau tibial sur lequel reposent les condyles fémoraux, est incliné crânio-caudalement selon une pente qui induit le glissement naturel des condyles fémoraux en direction caudale. Ce glissement s’associe à la poussée crâniale du tibia naturelle à l’origine de la déchirure dégénérative du LCCr. Le grasset a donc une tendance naturelle au signe du tiroir et à l’instabilité. Il développa une technique appelée ostéotomie de nivellement du plateau tibial ayant pour but de mettre à plat (5°) le plateau tibial afin de transformer la poussée tibiale crâniale en poussée tibiale caudale et de stabiliser le genou sans intervention directe sur le ligament croisé.

Les indications de l’ostéotomie de nivellement du plateau tibial sont principalement, les chiens de grande taille supérieurs à 20 kg atteints d’une déchirure du ligament croisé crânial pour lesquels les techniques intra-articulaires ou extra-articulaires donnent en général des résultats plus insatisfaisants que chez les chiens de taille inférieure, les chiens ayant des déchirures partielles ou complètes ainsi que les chiens de petite taille ayant une inclinaison excessive du plateau tibial ce qui est fréquemment observé chez les Yorks et les Caniches. Les techniques extra-capsulaires gardent leurs indications chez les chiens de petite taille dont l’inclinaison du plateau tibial est modérée sachant que la qualité des résultats fonctionnels est bonne.

Il existe 4 raisons de réaliser des ONPT pour le traitement de la déchirure du ligament croisé crânial :

1- Des raisons biomécaniques : lorsque la pente tibiale est très inclinée supérieure à 30 degrés, les chances d’échec des techniques extra-capsulaires et intra-articulaires sont augmentées.

2- La récupération est beaucoup plus rapide que pour les techniques intra-articulaires sachant que la guérison osseuse en région métaphysaire intervient en trois à quatre semaines. Les animaux peuvent être libérés après cette date. Slocum a introduit la notion d’alignement des membres ; chez certains animaux, il existe des rotations en genu valgum. Une dérotation est alors associée à l’ostéotomie du plateau tibial ; il existe donc un redressement du membre en même temps que le traitement de l’inclinaison du plateau tibial et celui de la déchirure du ligament croisé.

3- La supériorité des résultats cliniques est démontrée dans toutes les études prospectives de comparaison de la technique d’ostéotomie du plateau tibial aux techniques extra-capsulaires et intra-articulaires. En effet, la récupération clinique, la mobilité du grasset, la qualité de la marche et la satisfaction des maîtres apparaissent meilleures.

4- La dernière raison est la prophylaxie de l’arthrose puisqu’il s’agit de la seule technique opératoire qui prévient l’évolution de l’arthrose pratiquement systématique pour les techniques intra-articulaires chez les grands chiens.

Après bascule du tibia proximal la pente excessive est supprimée.
Radiographie après cicatrisation osseuse.

Prise en charge post-opératoire

Les soins apportés à votre animal après la chirurgie ou les nôtres sont aussi importants. Les patients doivent rester confinés dans une cage et être promenés en laisse durant quatre à six semaines. Un bandage ou un pansement peut être utile pendant quelques. Suite à une ONPT une radiographie de contrôle est nécessaire trois et huit semaines après la chirurgie afin d’évaluer la guérison de l’ostéotomie. Une période de récupération de deux à quatres mois est nécessaire pour tous les tissus mous (ligaments, tendons, muscles).

De nouveaux traitements permettant de prévenir et de traiter l’arthrose sont efficaces et recommandés pour certains patients après la chirurgie. Ces traitements utilisent l’acide hyaluronique, les protéoglycanes, et le glucosamine-chrondroïtine.

Le pronostic après déchirure de ligament croisé antérieur chez le chien est amélioré considérablement et la plupart des chiens redeviennent normaux. Seules les cas les plus chroniques, les lesquels l’arthrose est déjà développée peuvent garder une gêne plus on moins importante.