Clinique vétérinaire

du Dr Bardet

Evidement des cavités nasales sous guidage endoscopique comme traitement du jetage chronique résistant au traitement médical chez le chat

Introduction

Le diagnostic et le traitement des maladies des cavités nasales et des sinus chez le chien et le chat ont été révolutionnés par la vulgarisation de la rhinoscopie et du scanner. De nombreuses maladies des cavités nasales sont répertoriées parmi lesquelles les tumeurs, les polypes, l'aspergillose, les rhinites allergiques, les abcès dentaires, les corps étrangers, la rhinite lymphoplasmocytaire chronique et la rhino-sinusite chronique féline. La rhinotomie et la turbinectomie permettent au clinicien d'exciser des polypes, des tumeurs, des corps étrangers voire d'évider les cavités nasales en cas de nécrose et de rhinites chroniques ou de rhino-sinusite chronique féline. L'abord chirurgical des cavités nasales peut se faire par voie dorsale ventrale bucale, latérale voire rostrale. Le but de cette lettre est de présenter la technique d'évidement des cavités nasales sous guidage endoscopique, principalement pour le traitement de la rhino-sinusite chronique féline.

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La rhino-sinusite chronique féline

L'infection des voies respiratoires supérieures chez le chat est souvent liée à l'association complexe de germes et de virus tels que les virus de l'herpès, les calicivirus, les clamydiae, mycoplasmes et autres considérés comme la cause la plus commune d'éternuements et d’obstruction des cavités nasales chez les chats jeunes et les plus âgés. Les symptômes sont caractérisés par des difficultés respiratoires, des éternuements, du jetage pouvant devenir chronique. Bien que la théorie la plus acceptée assume que l'infection persistante par ces agents engendre la rhino-sinusite chronique féline, l'association des germes n’a jamais été prouvée et aucun traitement médical n'est démontré efficace dans la prévention de la forme chronique. Les symptômes peuvent persister pendant des années malgré la multitude de traitements antibiotiques, locaux et inhalations. La qualité de vie des chats atteints peut devenir critique.

Diagnostic des maladies des cavités nasales

Le diagnostic est orienté principalement par les commémoratifs et l'examen clinique. Toutefois, l'imagerie est un élément-clé du diagnostic chez les animaux atteints de maladies intra-nasales. Le scanner est la référence quant à l'évaluation des os et des structures tissulaires molles qui ne sont pas visibles à l’examen clinique ou par rhinoscopie (photo3). Dans la mesure où le scanner n'apporte que très rarement un diagnostic définitif, il est suivi d’une rhinoscopie et d’une biopsie nasale. Dans la plupart des cas les recherches poussées ne révèlent pas la cause du jetage nasal. Suivant les rapports, jusqu'à 65 % des chats ont un diagnostic histologique de « rhinite inflammatoire », ou de « rhinite lymphoplasmocytaire » voire de « rhinite idiopathique ». Ces diagnostics confirment la nature inflammatoire des lésions mais la cause initiale n'est pas connue. L'examen tomodensitométrique révèle une augmentation de l'opacité des tissus mous à l'intérieur de la cavité nasale avec ou sans lyse des cornets (photo 2). Toutefois il n'existe jamais de lyse osseuse. L'opacification des tissus mous est associée à une accumulation liquidienne qui peut intéresser les sinus. L'irradiation associée au traitement anticancéreux peut provoquer le même syndrome clinique.

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L'évidement des cavités nasales et des sinus sous guidage endoscopique

L'évidement des cavités nasales sous guidage endoscopique chez le chat n'intervient qu'après un diagnostic approprié et après l'échec des traitements médicaux et conservateurs. L'exérèse est toujours précédée d'une rhinoscopie diagnostique complète des cavités nasales et du nasopharynx (photo). La procédure est réalisée à l'aide d'un endoscope rigide de 3 mm de diamètre sous irrigation abondante de Ringer lactate. L'intervention débute par l'exérèse des cornets droit et gauche et de la cloison nasale (photo). Elle se poursuit par l'exérèse des cornets ethmoïdaux et le repérage des méats sinusiens(photo 4). Une attention particulière est portée sur la perméabilité des choanes et de l'entrée du nasopharynx (photo 4), la persistance de tissus résiduels non excisés engendrant des sténoses cicatricielles secondaires et des troubles respiratoires associés. Une telle intervention justifie une hospitalisation de plusieurs jours permettant le contrôle du jetage sérohémorrhagique et la reprise d'une alimentation normale.

L'évidement des cavités nasales sous guidage endoscopique chez le chat présente d'énormes avantages du fait de l'aspect non invasif de l'intervention. La respiration est normalisée dès la fin de l'intervention et la réalimentation se fait pour la plupart des patients dans les 48 heures. Les complications à long terme sont peu fréquentes avec de rares sténoses. Les complications lourdes d'emphysème sous-cutané, de déhiscence, d'hémorragies sévères associées aux rhinotomie chirurgicales disparaissent. La technique décrite ci-dessus est aussi envisageable dans le traitement des polypes, de la nécrose des cornets, des tumeurs intra-nasales lorsque les maîtres refusent la radiothérapie, le pronostic étant par ailleurs meilleur lorsque ces tumeurs sont excisées et traitées par radiothérapie adjuvente. La technique est applicable chez le chien.

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