Clinique vétérinaire

du Dr Bardet

Le radius curvus : quoi de neuf ?

Pourquoi ne pas régler le problème en une seule étape sans fixateur externe ?

Les troubles de la croissance des os longs engendrent une conformation anormale des membres après fermeture prématurée d’une plaque de croissance. Le radius curvus est la déformation la plus commune du membre antérieur. Il existe plusieurs types de radius curvus mais le plus commun est associé à une fermeture prématurée de la plaque de croissance distale de l’ulna avec une déformation classique associant un valgus à une courbure antérieure et une rotation externe de l’extrémité (1ère photo). La correction chirurgicale est indiquée lorsqu’il existe une altération de la mobilité ou une intolérance à l’exercice ou pour prévenir la progression de l’arthrose secondaire. Avant les années 80 , le traitement utilisait principalement des ostéotomies correctrices associées aux fixateurs externes car les plaques et vis apparaissaient inappropriées pour « transformer une courbe en une droite », la distraction chirurgicale et l’alignement se faisant en en une étape. Pendant les années 80 est apparue la distraction continue caractérisée par une correction avec repositionnement des segments osseux sur plusieurs semaines grâce à l’emploi des fixateurs externes d’IIizarov. Malheureusement, cette technique délicate n’a vu qu’un développement limité du fait de la difficulté de respect des consignes par les propriétaires auxquels il était demandé de « tourner les boulons » matin et soir pendant plusieurs semaines. Dans les années 2000, la préparation pr éopératoire est devenue plus précise grâce à la description des centres de rotation d’angulation (CDRA) permettant de préciser la localisation des ostéotomies basées sur la mesure des angles articulaires et des axes des os longs. Il est maintenant possible d’envisager une stratégie préopératoire précise, de traiter les différentes formes de radius curvus (et de tous les os longs) en une seule étape et de fixer les abouts par des plaques et des vis. Le but de cette newsletter est de présenter ces nouveaux concepts sans entrer dans les mesures précises.

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Planification préopératoire

Traditionnellement la stratégie préopératoire est basée sur les mesures réalisées à partir des radiographies orthogonales. La planification préopératoire utilise les centres de rotation de l’angulation (CDRA) (1ère photo) qui permettent de réaliser les ostéotomies aux endroits de courbure maximale. Toutefois, le challenge majeur dans la correction des déformations des membres est la détermination exacte de la nature et du degré de déformation anatomique. Les radiographies procurent seulement des données en deux dimensions et ne prennent pas en compte les torsions des os longs. De ce fait, les méthodes de planification préopératoire des chirurgies peuvent être inexactes en cas de déformation comple xe. C’est pourquoi le scanner 3D et la méthode stéréolithographique (impression en trois dimensions permettant de convertir une image d’ordinateur 3D en un objet solide identique à l’original) sont maintenant utilisés afin de planifier correctement et d’exécuter la chirurgie en préopératoire sur un modèle avant d’intervenir.

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Exemple clinique

Notre exemple clinique est celui d’un lévrier mâle de huit mois présenté pour un radius curvus sévère traité trois mois avant présentation par une ostectomie distale de l’ulna droit avec greffe de tissu graisseux autologue. Malgré l’intervention, la déviation a progressé avec aggravation de la courbure antérieure, du valgus et de la rotation externe (1ère Photo). Les radiographies préopératoires (1ère photo) permettent de déterminer 2 CDRA sur la vue médio-latérale et un seul sur la vue cranio-caudale (photos). Notez qu’il est impossible de distinguer l’articulation radio-carpienne droite sur la vue de face. De même, la rotation externe du radius ne peut pas être & eacute;valuée : le radius apparaît rectiligne sur la vue de face. Le scanner tridimensionnel permet d’objectiver la rotation externe du radius (2ème photo) et de calculer la torsion externe de 25° du radius (2ème photo). Le modèle stéréolithographique en acrylique reproduit à partir du scanner 3D (3ème photo) par une imprimante 3D met en évidence la torsion externe, la courbure antérieure et l’inclinaison de 60° de l’articulation radio carpienne par rapport à l’axe anatomique du radius. Des calques des radiographies sont établis et les mesures sont réalisées à partir de ces calques après détermination des CDRA sur les deux vues radiographiques (photo). Ces mesures permettent de simuler l’opération sur le modèle en résine en utilisant tous les angles déterminés sur les calques et le scanner 3D (photo). La chirurgie est enfin réalisée après. Les radiographies postopératoires permettent de confirmer le bon alignement du membre (photo). Le résultat postopératoire à 7 semaines est satisfaisant (4ème photo).

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Conclusions

L’évaluation exacte des déformations osseuses grâce à l’utilisation des centres de rotation d’angulation, du scanner tridimensionnel et de modèle stéréolithographique en acrylique permet une évaluation critique et idéale de ces déformations qu’il est impossible d’obtenir sur deux vues radiographiques orthogonales seules. La qualité des informations préopératoires permet une préparation à partir des radiographies orthogonales voir une préparation chirurgicale préopératoire sur les modèles avant de réaliser la chirurgie. Toutes les étapes étant parfaitement connues du chirurgien, il est maintenant possible d’aligner précisément un radius curvus en une seule étape à l’aide de plaque et de vis. Il en est de même lorsque l’alignement intéresse tout le membre et que tous les segments osseux sont déformés comme nous l’observons fréquemment sur les membres postérieurs des bouledogues anglais (dernière photo). Dans ce cas, tous les axes et torsions du fémur, du tibia et du tarse doivent être calculés et plusieurs ostéotomies sont nécessaires à l’alignement du membre.

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