Clinique vétérinaire

du Dr Bardet

L’ENTHÉSIOPATHIE DES FLÉCHISEURS DU COUDE CHEZ LE CHIEN

Enthésiopathie : maladie de l’insertion tendino- capsulaire

Une des causes les plus communes de boiterie du coude chez le chien est la dysplasie du coude, un terme général regroupant plusieurs maladies dont la fragmentation du processus coronoïde, la non union du processus anconé, l'ostéochondrite disséquante du condyle médial et l'incongruité du coude. L’enthésiopathie des fléchisseurs (EFC) est une maladie du coude très récemment décrite qui doit être considérée dans le diagnostic différentiel de la dysplasie du coude chez le chien. Elle est définie comme une anomalie de l'insertion des muscles fléchisseurs sur l’épicondyle huméral médial, se traduisant radiographiquement par la formation d'os nouveau et tous les signes de l'arthrose du coude. Par le passé, ces changements radiographiques étaient considérés comme anodins ou cliniquement sans importance. Toutefois de récentes études démontrent que ces anomalies relativement fréquentes ont une importance clinique qui doit désormais être prise en compte. Le but de cette newsletter est de décrire cette nouvelle entité orthopédique chez le chien.

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Comment reconnaitre cliniquement l'EFC ?

L’enthésiopathie des fléchisseurs, pour un pourcentage limité de cas, est la seule entité clinique reconnaissable et doit être considérée comme une cause primaire de boiterie du coude : on parle d’enthésiopathie primaire des fléchisseurs (6 % des cas sur 200 coudes). Toutefois, l’EFC est surtout associée à la dysplasie du coude et à la fragmentation du processus coronoïde : on parle d’enthésiopathie secondaire des fléchisseurs (34 % des cas sur 200 coudes). L’ EFC atteint principalement des chiens de grande taille (tous ceux atteints de dysplasie du coude et en particulier les Bouviers Bernois et les Labradors), les mâles étant plus fréquemment atteints que les femelles. L'âge moyen de l'apparition de la maladie est de 60 mois. Cliniquement, la boiterie présente toutes les caractéristiques d'une fragmentation du processus coronoïde. La douleur est mise en évidence à la pression profonde en regard de l'épicondyle médial du coude. L’enthésiopathie des fléchisseurs du coude chez le chien est similaire à la « tennis elbow » ou épicondylite reconnue chez l'homme.

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Diagnostic

Le diagnostic de cette maladie repose sur la clinique et la mise en œuvre de différents moyens diagnostiques : la radiographie, le scanner et l'arthroscopie surtout. La scintigraphie, l'échographie et l'I.R.M. peuvent être utilisés accessoirement. La radiographie est une bonne méthode de détection initiale de l’ EFC (photos 1 et 2) ; toutefois, l’ EFC primaire peut être observée en l'absence de signe radiographique. De même, la majorité des coudes atteints d’EFC primaire ont un diagnostic de fragmentation du processus coronoïde et les caractéristiques de la fragmentation du processus coronoïde sont observées dans 60 % des cas d’ EFC primaire. De ce fait, le diagnostic de certitude repose sur l'utilisation combinée du scanner sans et avec produit de contraste associé à l'inspection directe des fléchisseurs sous arthroscopie (tableau).

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TABLEAU: LESIONS ASSOCIEES AUX ENTHESOPATHIES DES FLECHISSEURS

Traitement et conclusions

Le traitement de l’EFC du coude diffère selon qu’elle soit primaire ou secondaire. Classiquement, l’EFC primaire est traitée par le repos pendant six à huit semaines associé à des injections intralésionnelles de cortisone. Le traitement des EFC secondaires repose sur le traitement de la cause initiale (dysplasie du coude, fragmentation du processus coronoïde).Toutefois, cette affection peut être reconnue tardivement (en moyenne à 60 mois) plusieurs années après le traitement de la dysplasie et doit être traitée indépendamment.

En conclusion, l’enthésiopathie des fléchisseurs du coude chez le chien est une affection des tissus mous périarticulaires reconnue récemment qui peut s'exprimer indépendamment en de rares occasions ou en association à la dysplasie du coude et à la fragmentation du processus coronoïde de façon concomitante ou retardée. Elle atteint principalement les chiens de grande taille prédisposés à la dysplasie du coude. Elle peut expliquer nombre de boiteries présentant toutes les caractéristiques d'une dysplasie du coude pour lesquelles l'arthroscopie ne montre aucune lésion du processus coronoïde et du cartilage.

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