Clinique vétérinaire

du Dr Bardet

Traitement de la déchirure du ligament croisé crânial par l’ostéotomie de nivellement du plateau tibial (ONPT)

Une vieille histoire, de nouvelles solutions!

La déchirure du ligament croisé crânial est une des causes les plus communes de boiterie du membre postérieur chez le chien adulte. Il est maintenant reconnu par tous que le traitement chirurgical permet un retour optimal de la marche. Bien que la déchirure du ligament croisé soit décrite depuis de très nombreuses années, la cause exacte de la déchirure reste incertaine même si des causes biomécaniques sont fortement suspectées. De très nombreuses techniques chirurgicales ont été décrites pour stabiliser le grasset suite à la déchirure du ligament croisé crânial. Toutefois, l’ostéotomie de nivellement du plateau tibial (ONPT) est la technique la plus fiable pour le traitement de la déchirure du ligament croisé chez les chiens de taille moyenne et de grande taille.

Quelles sont les bases biomécaniques de L’ONPT ?

L'inclinaison moyenne du plateau tibial est de l'ordre de 21 à 23°. Les études cinématiques du grasset chez le chien après section expérimentale du ligament croisé montrent un déplacement crânial du tibia sous l'effet de la poussée tibiale crâniale (photo vue A flêche jaune). Le but de l'ostéotomie tibiale est de neutraliser la poussée tibiale crâniale en basculant à l'horizontal le plateau tibial (photo vue B). L'effet stabilisant de l'intervention fait appel au concept clés de la stabilité dynamique du grasset : il existe en effet une contradiction entre la laxité articulaire et la stabilité dynamique. La laxité articulaire est recherchée lors du test du tiroir qui ne prend pas en compte le système neuromusculaire. La stabilité dynamique est le résultat biomécanique de toutes les composantes qui s'appliquent sur le grasset lors de la marche.

Le diagnostic de déchirure du ligament croisé est-il aussi simple ?

La déchirure du ligament croisé crânial est associée à une boiterie de l’un des postérieurs. L'examen orthopédique révèle une douleur à l'hyperextension du grasset et éventuellement un clic (méniscal). Le grasset peut-être empâté et présenter une butée médiale. Le cas idéal de déchirure est associé à un mouvement de tiroir, pathognomonique de la déchirure. Toutefois, la plupart des animaux ne présentent pas d'instabilité du grasset initialement. Quatre critères caractérisent la déchirure partielle du ligament croisé : le grasset est douloureux, stable, arthrosique et non inflammatoire. Ces critères très classiques doivent laisser suspecter une déchirure partielle du ligament croisé qui ne peut être diagnostiquée que par visualisation directe du ligament sous arthroscopie (voir photo).

Arthrose du grasset stable = forte suspicion de déchirure partielle du LCA

Technique chirurgicale de l’ONPT et résultat

Le principe de l’ostéotomie de nivellement du plateau tibial est de diminuer la pente tibiale afin d'éliminer le déplacement crânial du tibia proximal associée à la déchirure du ligament croisé cranial. L'ostéotomie a une forme circulaire : elle est réalisée à l'aide d'une scie oscillante dans la métaphyse proximale du tibia et fixée à l'aide d'une plaque à ostéotomie tibiale par des vis (photo). Le temps osseux est toujours précédé d'un examen arthroscopique de l'articulation et du traitement des déchirures méniscales sous guidage arthroscopique.

De nombreuses études attestent de l'excellence des résultats cliniques de cette technique. Parmi les études les plus intéressantes, les arthroscopies de contrôle postopératoires réalisées entre 25 et 48 mois différencient 2 groupes : les déchirures partielles et les déchirures complètes des ligaments croisés. Les arthroscopies postopératoires de contrôle pour le premier groupe attestent de l'absence de dégradation de l'articulation par opposition au deuxième groupe où les lésions cartilagineuses et méniscales témoignent d'une progression de l'arthrose. Toutefois, les résultats cliniques sont satisfaisants malgré l'évolution arthrosique. De nombreuses complications ont été décrites mais leur nombre diminue avec l'expérience du chirurgien et pratiquement toutes sont traitables avec succès.

Conclusions: intervenir très tôt avant la déchirure quand le grasset est arthrosique et toujours stable.