Clinique vétérinaire

du Dr Bardet

Le syndrome de la queue de cheval: une entité sous-diagnostiquée!

Quelles sont les causes reconnues du syndrome de la queue de cheval ?

Le syndrome de la queue de cheval reste une des causes de douleur et de boiterie très souvent mal reconnue par les praticiens du fait de la multitude des manifestations cliniques mais aussi du fait des symptômes parfois très frustes. Il est associé le plus souvent, à une dégénérescence et une sténose lombosacrée chez le chien, les symptômes étant secondaires à la compression des structures nerveuses dans le canal vertébral et les foramens intervertébraux. D’autres d’anomalies peuvent aussi engendrer une compression de la queue de cheval et des racines nerveuses de L7-S1 : sténoses du canal vertébral, hernies discales L7-S1, ostéophytoses ou épaississement des facettes articulaires, sténoses foraminales, prolifération des tissus mous (capsules articulaires et ligaments), ostéochondrose du sacrum et instabilité L7-S1. Les fractures, les tumeurs et la spondylodiscite ne peuvent être écartées. Bien que les grands chiens soient réputés pour être prédisposés, les petits chiens et les chats peuvent aussi en souffrir.

Comment reconnaître cliniquement un syndrome de la queue de cheval ?

Les lésions de la queue de cheval peuvent se présenter sous différentes formes mais le plus souvent l’animal est référé en orthopédie plutôt qu’en neurologie du fait de la boiterie. Les propriétaires rapportent la plupart du temps une boiterie d'un postérieur, une hyperesthésie, une mutilation en région lombo-sacrée ou sur les membres pelviens, des difficultés à se lever ou à s'asseoir, des hésitations à sauter et à monter les escaliers, un port bas de la queue, le bruit des griffes sur le sol voire une incontinence urinaire ou fécale. Les chiens de travail refusent certains exercices tels que les sauts. Chez l'animal de compagnie, les symptômes peuvent n'apparaître qu'après une activité importante ou un jeu. Les lésions lombo-sacrées peuvent donc se traduire par de la douleur, des boiteries ou des signes neurologiques. La majorité des patients présente de la douleur et les symptômes associés dépendent de la nature et de la sévérité des lésions. Il peut y avoir de la douleur sans signe neurologique, une légère parésie avec des déficits proprioceptifs, une paraparésie voir une paralysie de la queue. Les déficits neurologiques sévères chez les chiens atteints de syndrome de la queue de cheval sont rares car la sténose affecte principalement la queue le cheval (et non pas la moelle épinière) qui est résistante aux forces compressives. En cas de déficit sévère, d'autres maladies doivent être suspectées telles qu’une myélopathie dégénérative, une hernie discale dorsolombaire ou une tumeur.

Comment diagnostiquer le syndrome de la queue de cheval ?

Les symptômes peuvent être très vagues chez certains animaux ce qui rend le diagnostic parfois difficile. Les examens physique, orthopédique et neurologique sont essentiels. Le choix des examens à réaliser est très dépendant de la disponibilité du matériel et des préférences du clinicien. Les radiographies permettent d'éliminer les tumeurs et la spondylodiscite. La myélographie n’est plus recommandée que lorsque le scanner ou l'I.R.M. ne sont pas disponibles. Le scanner améliore la visualisation du canal vertébral, des foramens intervertébraux et des processus articulaires en vue axiale. Le reformatage des images permet d’obtenir des vues dorsales et sagittales. Les vues en 3D objectivent les subluxations des facettes articulaires et les sténoses. Le scanner offre l'avantage d'un coût réduit par rapport à celui de l’IRM ainsi que des coupes fines et une meilleure visualisation des ostéophytes des processus articulaires (photos), des calcifications des tissus mous et des opacités gazeuses dans les tissus. Le scanner lombo-sacré doit s'étendre depuis les espaces L4/L5 jusqu'au sacrum. L’IRM offre une meilleure résolution des tissus mous que le scanner mais elle a aussi l'inconvénient de mettre en évidence des lésions n'ayant pas toujours de signification clinique. Les tests électrophysiologiques permettent de confirmer une maladie motoneurone périphérique ou un dysfonctionnement des racines nerveuses.

Quels sont les meilleurs traitements et quel est le pronostic ?

La plupart des chiens sont traités initialement à l'aide d’anti-inflammatoires. Le traitement est efficace dans les 3 à 4 mois dans 50 % des cas lorsque la douleur est la seule manifestation du syndrome. Lorsque le traitement est inefficace, une chirurgie correctrice s’impose. Le choix s'effectue entre trois chirurgies possibles : la décompression par laminectomie, la foraminotomie avec ou sans facettectomie et la fusion vertébrale. La laminectomie est réservée aux compressions intracanalaires, elle peut être étendue latéralement en préservant une partie des facettes articulaires en cas de lésion foraminale. La foraminotomie est indiquée en cas d’obstruction des foramens ; elle peut être étendue sous forme de facettectomie, communément réalisée de façon bilatérale. Cette dernière technique ne peut être pratiquée qu’en l’absence d’instabilité L7-S1. La fusion vertébrale traite les instabilités après traitement des lésions compressives éventuelles. Le pronostic est excellent dans tous les cas où les animaux sont opérés avant l’apparition de lésions nerveuses irréversibles négligées plus de 3 à 4 semaines. La rapidité de la récupération est liée à la sévérité et à l’ancienneté des lésions. En cas de douleur associée ou non à un léger déficit neurologique, cette récupération est spectaculairement rapide.