Clinique vétérinaire

du Dr Bardet

Le traitement de l'arthrose peut être amélioré par l'emploi de cellules souches d'origine graisseuses

Les cellules souches : une réalité dans le monde vétérinaire ?

Le potentiel thérapeutique des cellules souches est très prometteur dans le domaine des lésions traumatiques et dégénératives ainsi que pour les maladies génétiques. Trois catégories de cellules souches ont été identifiées : les cellules souches d'origine embryonnaire, les cellules souches d'origine fœtale et périnatale et les cellules souches adultes. Les cellules souches dérivées de cellules mésenchymateuses adultes peuvent être obtenues à partir de la moelle osseuse, de la graisse, des muscles et d'autres tissus comprenant le cartilage, l'os, le tendon, les amygdales, la pulpe dentaire… L'utilisation des cellules souches dérivées de la graisse est décrite comme traitement des tendinopathies chez le cheval et de l'arthrose depuis plusieurs années avec des résultats très prometteurs. L'arthrose atteint plus de 20 % des chiens et le résultat du traitement médical par l'utilisation d'anti-inflammatoires est souvent insatisfaisant ou incomplet voir totalement inefficace ou dangereux. Alors que la prothèse totale de la hanche est utilisée avec avec le plus grand succès, d'autres articulations telles que le coude, même s'il existe une prothèse, bénéficieraient grâce à cette technique d'un traitement médical complémentaire.

L'arthrose sévère du coude : une maladie invalidante et souvent résistante aux traitements conventionnels.

L'évolution arthrosique d'un coude suite au traitement de fragmentation des processus coronoïdes, de l'ostéochondrite disséquante et de la dysplasie du coude est observée chez un tiers des patients traités de façon conventionnelle, même après arthroscopie. Les chiens peuvent devenir très invalides avec le temps. Leur activité s'en trouve considérablement réduite. Les traitements proposés sous forme d'anti-inflammatoires et chondroprotecteurs sont fréquemment insatisfaisants. L'exploration chirurgicale des coudes chez des chiens très arthrosiques est déconseillée car elle aggrave la boiterie. Les résultats des arthrodèses du coude sont inacceptables du point de vue fonctionnel. L'utilisation de l'arthroplastie huméro-ulnaire avec exérèse des ostéophytes et des souris articulaires permet une récupération clinique de qualité chez 80 % des patients mais les lésions d’arthrose persistent et la récupération peut ne pas être complète. En cas d'échec, de nouvelles perspectives se sont ouvertes depuis l'apparition d'une prothèse totale du coude chez le chien. Malheureusement, le prix de revient reste quelque peu prohibitif pour notre pays.

Modalités de traitement de l'arthrose par emploi de cellules souches d'origines graisseuses

Les cellules souches sont préparées à partir de 50 g de graisse prélevée sous anesthésie générale. Les cellules souches sont isolées après digestion enzymatique et nettoyage puis centrifugation. Le culot de centrifugation contient une population hétérogène de cellules comprenant des fibroblastes, des péricytes, des cellules endothéliales, et des cellules souches d'origine graisseuse. Un comptage doit être effectué afin de s'assurer que le prélèvement contienne au moins 5 millions de cellules. L'ensemble de la préparation nécessite deux semaines. Le prélèvement est ensuite injecté directement en intra articulaire dans le coude pathologique après préparation aseptique méticuleuse sans anesthésie générale ou locale.

Mode d'action, résultats préliminaires et indications

Le prélèvement de cellules souches mésenchymateuses autologues est injecté en solution, sans support, directement dans l'articulation. Il est reconnu que les cellules-souches n'engendrent pas de réaction immunitaire et ont même un effet immunosuppresseur. Bien que le mode d'action des cellules souches d'origine graisseuse dans le traitement de l'arthrose ne soit pas complètement connu, il apparaîtrait que l'activité dépend de l'inhibition des interleukines. L’IL1 joue un rôle important dans les maladies articulaires et apparaît à l'origine d'une cascade de cytokines. L'inhibition de l’IL1 par L’IL1-ra produite par les cellules-souches jouerait un rôle bénéfique. Ce dernier a été démontrée dans plusieurs modèles d'arthrose, en inhibant la dégradation de la matrice extracellulaire (collagène, glycosaminoglycanes et acide hyaluronique) et en modulant son turn-over.

Plusieurs études dont l'une en double aveugle, démontrent l'effet bénéfique de l'utilisation intra-articulaire de cellules souches d’origine adipeuse dans le traitement de l'arthrose avec une amélioration significative de la mobilité, de la douleur et de la boiterie. Notre expérience clinique confirme ces études.

Nous le recommandons actuellement pour les cas d’arthrose résistants au traitement médical conventionnel à base d’anti-inflammatoires et de chondroprotecteurs. Même si le coude est l’articulation la plus fréquemment atteinte, le traitement peut être appliqué à toute autre articulation.