Clinique vétérinaire

du Dr Bardet

Le processus coronoïde revisité : le syndrome du compartiment médial du coude chez le chien

Définition

La connaissance des maladies du coude chez le chien a considérablement évolué au cours des 20 dernières années du fait de l'utilisation de l'arthroscopie et du scanner. La dysplasie du coude est un syndrome qui comprend plusieurs maladies : la fragmentation du processus coronoïde, l’ostéochondrose, la non-union du processus anconé et les subluxations du coude. Toutes ces pathologies intéressent le compartiment médial du coude. Le syndrome du compartiment du coude chez le chien fait référence à une boiterie d’un antérieur associée à des lésions dégénératives du processus coronoïde, de la trochlée et du condyle médial avec ou sans incongruence du coude. L'arthroscopie a été fondamentale dans la différenciation des maladies du coude autrefois regroupées sous le terme de fragmentation du processus coronoïde. En effet, la fragmentation du processus coronoïde ne représente que l’une des lésions du compartiment médial du coude. On parle aussi maintenant de maladie du processus coronoïde. La meilleure façon de décrire les différentes entités de cette maladie est de décrire la chronologie des découvertes depuis les années 70.

Historique

La fragmentation du processus coronoïde est une maladie reconnue depuis la fin des années 1970 (OLSSON) mais il fallut attendre 1985 pour que soit décrit le phénomène de subluxation et d'incongruence (WIND). L'origine génétique de la maladie n'a été décrite qu'en 1993. Le traitement conventionnel utilisait l'arthrotomie ; l'arthroscopie ne fut développée qu'au début des années 90 (VAN RYSSEN). Les différents aspects arthroscopiques des lésions du processus coronoïde furent décrits en 1997 (BARDET). La fin des années 90 et le début des années 2000 ont vu une multitude d'études s'intéressant à la mise en évidence de l’incongruence du coude et des meilleures façons de la reconnaître. En 2006, la preuve de l'origine mécanique des fragmentations du processus coronoïde et des pathologies associées est apportée suite à l'étude histomorphométrique des coronoïdes excisés. En effet l'apparition de microfractures par fatigue des coronoïdes est démontrée. Le syndrome du compartiment médial du coude est aussi reconnu avec l'éburnation du coronoïde médial et du condyle médial de l'humérus. Les différentes découvertes ont engendré le développement de traitements correspondants.

Les nouveautés diagnostiques

Le diagnostic du syndrome du compartiment médial du coude repose sur la prise des commémoratifs, l'examen orthopédique du membre et du coude, les radiographies, (le scanner) et l'arthroscopie. Seules les nouveautés sont abordées.

Rappelons toutefois que l’examen clinique reste fondamental. La rotation externe de l’extrémité du membre est pathognomonique (1ère photo). La mise en évidence de la douleur localisée au coude n’est pas toujours évidente en extension : il est important de réaliser une supination et une pronation forcées.

Il est maintenant reconnu que les radiographies standard en position fléchie médio-latérale manquent considérablement de sensibilité(photo). De nombreux chiens atteints du compartiment médial du coude ont des radiographies normales alors que la maladie est mise en évidence à l'aide du scanner ou de l’arthroscopie. L'anomalie la plus commune est la sclérose de l'os sous-chondral de la trochlée ulnaire (87% des cas) (2ème photo). L’incongruence radio-ulnaire ne peut être établie dans la majorité des cas que lorsqu’elle est supérieure à 2mm(2ème photo). Dans le cas contraire, le diagnostic de l'incongruence est impossible et justifie l'utilisation du scanner.

Le scanner est utile au diagnostic de le maladie du compartiment médial du coude et à la mise en évidence de la subluxation et de l’incongruence. Une des limites de l'utilisation du scanner est l'absence de protocole standard. Les vues axiales permettent de visualiser la fragmentation du processus coronoïde médial, voire l’hypodensité associée aux micro-fractures (dernière photo). La vue reformatée sagittale (photo) objective la subluxation radio-ulnaire. Les lésions du processus coronoïde médial ne sont mises en évidence par le scanner que dans 88 % des cas. Il est toutefois impossible de reconnaître les lésions cartilagineuses à l'aide du scanner.

L'arthroscopie est maintenant reconnue comme étant l'outil diagnostique de référence. Une inspection complète de l'articulation est possible et les lésions cartilagineuses peuvent être classées suivant la gravité : 0-cartilage normal ; 5-éburnation du condyle médial et du processus coronoïde médial. La fragmentation du processus coronoïde médial peut-être traitée directement par excision (photo). La limite de l'arthroscopie est l'impossibilité de reconnaître les micro-fractures de l’os sous-chondral du processus coronoïde médial (6 cas sur 67 dans une étude).

D'autres techniques diagnostiques sont publiées telles que l'échographie et l'IRM : ces techniques n’étant pas standard, elles ne seront pas décrites.

Physiopathologie

L'origine génétique de la dysplasie du coude et du syndrome du compartiment médial du coude était suspectée depuis longtemps. Elle est reconnue depuis 1993. Initialement, la dysplasie du coude dans laquelle est inclus le syndrome du compartiment médial du coude était considérée comme secondaire à l'ostéochondrose 1980, OLSSON). L'origine biomécanique de la maladie était suspectée depuis la mise en évidence de l'incongruence articulaire (1985). Les preuves ne furent apportées que par l'étude histomorphométrique des processus coronoïdes mettant en évidence les micro-fractures par stress de l’os sous-chondral (photo coronoïde déminéralisé).